Changer la donne par nos données ?

Communiqué de presse diffusé à l’occasion du Cyber World Cleanup Day

Creusot-Montceau en Transition rappelle que nous nous dirigeons vers des bouleversements de grande ampleur qui vont impacter tous les domaines de notre vie : du dérèglement climatique à l’effondrement de la biodiversité, en passant par les pénuries de ressources. Notre objectif est d’anticiper ces bouleversements en agissant à une échelle pertinente : entre l’initiative individuelle des « petits gestes », nécessaire mais insuffisante au vu des enjeux, et le niveau étatique qui nous échappe largement, nous promouvons l’action collective et citoyenne, à l’échelle de notre territoire.

Le numérique est devenu un élément central de nos vies et de notre économie, et sa croissance ne semble pas encore subir le ralentissement amorcé dans tous les secteurs. Il nous appartient donc de le planifier de manière enthousiaste et volontaire : pour minimiser son impact environnemental d’une part, mais surtout pour anticiper la déplétion inexorable des ressources minières et énergétiques. En somme, dimensionner notre appétit à la taille de l’assiette.

Cette nécessité justifie notre participation à l’initiative du Cyber World Clean Up Day, et nous approuvons la Charte promue par l’Institut du Numérique Responsable, partenaire de l’événement.

Cependant, nous tenons à rester vigilants à ce que l’action soit véritablement significative.

L’édition 2020 mettait l’accent sur la suppression de données personnelles, stockées localement. Cela nous semble discutable, pour plusieurs raisons :

  • Tout d’abord, la suppression de données ne joue que très marginalement dans l’impact sur les ressources. Rappelons que pour un smartphone, 90% de l’énergie (et 100% des ressources physiques) sont consommés pendant sa production, et que ces objets ne sont pratiquement pas recyclés – ni même recyclables.
  • Ensuite, le focus sur les données locales tend à faire oublier qu’une donnée stockée à distance pèse beaucoup plus lourd en infrastructure et en énergie que la même donnée stockée chez soi : en effet, cela nécessite sa réplication sur plusieurs serveurs, qui doivent restés alimentés pour garantir son accessibilité, et il faut maintenir une infrastructure réseau pour qu’elle puisse transiter. Ainsi, à titre d’exemple, supprimer ses fichiers de musique pour les écouter en streaming est tout à fait contre-productif.
    L’année dernière, le Clean Up Day a permis de supprimer un total de 22 To de données (1 To (Teraoctet) = 1000 Go (Gigaoctet) = 1 000 000 Mo (Megaoctet)). En comparaison, Facebook en génère 4000 To5… chaque jour ! Et ce sont 720 000 heures de vidéos qui sont ajoutées quotidiennement sur YouTube
    Gardons donc à l’esprit que les flux de données explosent, bien au-delà de l’accumulation de données locales (Le seul fonctionnement des data centers et de l’infrastructure réseau représentaient déjà 35% du total de la consommation énergétique associée au numérique en 2017). Cette hausse promet de dépasser toute mesure avec la multiplication des objets connectés et le déploiement de technologies telles que la 5G.
  • Enfin, l’initiative World Clean Up Day convoque l’imaginaire du « grand débarras » que l’on peut faire chez soi pour se délester de vieux objets encombrants. Or la croissance exponentielle des capacités numériques induit la nécessité de faire l’inverse : les vieux fichiers ne pèsent rien en comparaison des images ou vidéos que nous produisons et manipulons aujourd’hui. Une minute de vidéo 4K par un smartphone récent prend 100 fois plus de place qu’une photo standard ! Et là encore l’augmentation des capacités de transfert incite à la partager largement et dédouane l’utilisateur de toute mesure.

Ainsi, cette opération trouve toute sa pertinence à nos yeux si elle nous amène à modifier concrètement nos pratiques numériques, afin de les rendre plus sobres. C’est ce que notre Groupe d’Utilisateurs de Logiciels libres (Point de BasGUL) s’emploie à faire.
L’usage de logiciels libres favorise en effet le réemploi et prolonge la durée de vie du matériel en installant des systèmes peu gourmands en ressources : un système Linux est capable de fonctionner sur des machines de plus de 10 ans !
Ces logiciels sont créés par et pour les utilisateurs : leurs fonctionnalités sont donc adaptées aux besoins, facilement ajustables et interopérables.
Nous contribuons donc à l’appropriation de ces outils par tout un chacun, permettant aux citoyens de monter en compétence et de mieux appréhender les enjeux liés au numérique.
Nous œuvrons encore à une décentralisation et une relocalisation des services numériques : notre site web et notre plateforme vidéo sont hébergés sur de vieux ordinateurs chez des adhérents. Comme pour l’agriculture, ce numérique en circuit courts enclenche des cercles vertueux en redonnant du pouvoir et du contrôle au consommateur. On réduit alors le gaspillage en comprenant que la « dématérialisation » n’est qu’une illusion.

Au delà du Cyber World Clean Up Day, nous plaidons donc pour une démarche globale, débouchant sur des changements significatifs dans notre rapport au numérique : encourageons la sobriété matérielle (terminaux moins nombreux et moins puissants), augmentons les durées de vie (en favorisant des appareils moins complexes, une sobriété logicielle, et le réemploi), raisonnons nos usages (en questionnant leur pertinence, en ajustant nos pratiques), montons en compétence, relocalisons nos services, libérons notre créativité ! Sur chacun de ces points, vous pouvez compter sur Creusot-Montceau en transition, et sur son émanation Point de BasGUL !


Voir aussi : The Shift Project, Lean ICT – Pour une sobriété numérique, 2018

Soutenir nos producteurs locaux pour anticiper la suite ?

Tout indiquait que la pandémie de Coronavirus nous toucherait aussi, et nous nous sommes laissé prendre au dépourvu… Nous avions vu ce que cela donnait en Chine, et nous voilà pourtant un peu abasourdis, dans une situation surréaliste que personne (ou presque) n’imaginait il y a encore 3 semaines.

Il faut croire que nous avons bien du mal à anticiper, même quand le voyant clignote sous nos yeux. Et si ce n’était pas une fatalité ? Et si on décidait de ne pas se laisser surprendre à tous les coups ? Nous avons tous fait des stocks, mais lorsque les denrées parcourent en moyenne 5000 km avant de finir dans l’assiette, est-ce suffisamment prévoyant ?

Voir les choses en face

Soyons clair : des signaux d’alarme qui annoncent des complications pour la suite, nous n’en manquons malheureusement pas. Ça ne fait jamais plaisir, mais on ne peut pas éternellement mettre la tête dans le sable.

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