Que l’« après-Covid » ne soit pas la faim !

Que l’« après-Covid » ne soit pas la faim !

Au XXIème siècle, dans un pays riche comme la France, s’inquiéter de notre capacité à remplir nos assiettes peut paraître un combat d’arrière-garde. Et pourtant, parmi les choses que la période de confinement liée au Covid-19 nous a rappelées, c’est que notre approvisionnement alimentaire n’est pas aussi assuré qu’on le pense : rayons vides, difficultés à aller faire ses courses, pénurie de pâtes, de farines ou d’œufs… Même en Bourgogne, dans une région agricole où la densité de population n’a rien de commun avec les grandes métropoles, on a pu réaliser qu’il est légitime de s’interroger sur notre capacité à nous nourrir par temps de crise.

Rayon vide dans un supermarché, le 14 mars 2020
🅮 Domaine public – Sarang – Wikimédia Commons

En effet, ce qui fait la force apparente de notre système, où tout arrive tout prêt dans nos rayons de supermarchés, est précisément une de ses plus grandes faiblesses. De la terre à l’assiette, les chaînes de production sont d’une complexité extrême et font intervenir un nombre ébouriffant d’acteurs répartis aux quatre coins du globe. L’efficacité technique d’un tel système est admirable… du moins quand tout va bien. Une sécheresse ici, et les cours s’envolent. Un manquement sanitaire là-bas, et c’est toute agro-industrie qui panique. Une crise pétrolière, et les approvisionnements se compliquent.
Si quelques molécules virales peuvent mettre à plat l’économie mondiale en quelques semaines, n’est-il pas raisonnable d’envisager que le dérèglement climatique, une biodiversité anéantie ou un manque de ressources peuvent bloquer pour de bon cette machine bien huilée ?

La « Pénurie » Alimentaire, par Partager c’est sympa

Pour le mouvement Creusot – Montceau en transition, la souveraineté alimentaire du territoire (la capacité d’un territoire à nourrir sa propre population) est un sujet qui n’a pas attendu le Coronavirus pour occuper ses membres. Mais cet épisode sanitaire aggrave et précipite la situation. À travers le monde, le grippage ou la modification des flux d’import et d’export aura selon toute vraisemblance des conséquences dramatiques pour un grand nombre de pays, qui se sont développés pendant l’essor du système capitaliste mondialisé. Selon l’ONU, des famines et des émeutes de la faim sont attendues, potentiellement plus meurtrières que le virus lui-même. En France, la situation se tend également : le manque de main d’œuvre et l’absence simultanée de débouchés contraignent dès aujourd’hui nombre de producteurs de fruits et légumes à laisser pourrir sur pied. Et en ce moment même, la France exporte massivement les céréales qui pourraient pallier ce manque, vers des pays pour lesquels elles ne sont pas une nécessité. Pour un complément en images, voir la vidéo de la chaîne Partager c’est sympa.

Les perturbations que nous vivons actuellement rendent probables des scénarios jusqu’ici seulement possibles. Il va donc falloir affronter ces troubles.
Et si nous nous sentons impuissants à l’échelle mondiale, nous disposons bel et bien de leviers d’action à l’échelle de notre territoire.

Jardins ouvriers au Creusot : “Rue d’Autun ou Grande Rue ; vue prise en 1864” [cette rue est devenue en 1925 la rue Jean-Jaurès].
© CUCM – Écomusée – Daniel Busseuil. 

Creusot – Montceau en transition a achevé tout récemment un inventaire aussi exhaustif que possible des producteurs agricoles de la CUCM qui contribuent à nourrir notre population. Si notre carte peut donner une impression d’abondance, force est de constater que leur nombre est très insuffisant, notamment en ce qui concerne les fruits et les légumes, sans parler des céréales. Pourtant nous vivons sur un territoire rural, dont la surface agricole et le climat ont de quoi assurer une part substantielle de nos besoins alimentaires. Dans un passé très récent, sur le territoire, maisons d’ouvriers comme d’employés et d’ingénieurs possédaient un jardin potager assuraient encore cet approvisionnement de base.

Alors que faire ? Chanter comme la cigale, tant que les beaux jours sont là, et advienne que pourra ? Ou construire comme la fourmi les bases d’une résilience alimentaire territoriale ?

Les panneaux et petites pousses1 que vous avez peut-être vu çà et là sont autant de témoins de cette interpellation que nous souhaitons aussi percutante qu’enthousiasmante.

Nous disposons collectivement de jardins, d’espaces verts, et plus largement d’hectares entiers qui pourraient se prêter à la culture vivrière. À nous de soutenir et de mettre en place les structures qui permettront à des professionnels de s’implanter et de de vivre de leur travail en étant rémunérés à la hauteur des enjeux. À nous de préférer la terre au bitume. À nous de soutenir et de mettre en place les structures qui permettront à des professionnels de s’implanter et vivre de leur travail sans se tuer à la tâche. Que fleurissent les jardins potagers et les composts partagés, les pommes de terre et poireaux de nos paysans municipaux !

Nous serons alors bien mieux pourvus, lorsque la bise sera venue.


  1. Nous nous occuperons de ramasser les panneaux début juin, mais que chacun se sente libre de venir arroser les jeunes plants et de récolter leur fruit.